
Depuis Myriam Kridi, précédente directrice, le Festival de la Cité a une oreille attentive pour les minorités en lutte et/ou blessées. Dans le registre, Insuline, de Lou Lepori, risque de toucher plus d’un festivalier. Se présentant comme un «corps pédé, violé, diabétique», le journaliste et auteur confiera au formidable Cédric Leproust le soin d’exposer ses plaies sur la musique interprétée en live par Marc Berman. Un récital queer à découvrir aux Balcons de la Mercerie, les jeudi et vendredi à 23h30 (Marie-Pierre Genecand, « Le Temps », 4 juin 2025).
Cette année, la prog’ arts vivants tape fort. Pas « fort » façon gros bras qui hurle dans une mise en scène absurde. Plutôt « fort » façon: à te tirer les larmes, de rire, de joie, de rage, et on panses collectivement nos traumas avec plein de gens que t’as jamais vus, mais que t’as l’impression d’aimer déjà un peu. (…) Et puis il y a Lou Lepori. Avec Insuline, iel t’attrape par les tripes et ne te lâche plus. Ça parle de diabète, de mémoire queer, de famille, de violence sexuelle, de douleur – dit comme ça, c’est lourd, mais en vrai ? C’est lumineux. Comme si PJ Harvey avait lu Virginie Despentes et s’était mise à hurler en robe longue sur fond de piano. 360*, 25 jun 2025.
(…) Insuline est une histoire de corps et de mots. De corps malade, de corps abusé, de corps non conforme, sur plusieurs générations Insuline est un texte qui arrache, qui broie les émotions, du public et des acteurs ! (…) Ce corps, diabétique, homosexuel et violé ! mais ce corps vivant. Tel est le mantra du spectacle, dans un déferlement d’émotions extrêmes et, en dialogue constant avec le pianiste(Marc Berman, lointain chevalier de la mort) et le piano qui se fait tantôt suave, tantôt menaçant .Le jeu d’acteur (Cédric Leproust) est à couper le souffle, hallucinant de richesse émotionnelle et de voix différentes. Malgré l’actualité du propos (homosexualité, diabète, abus), le spectacle prend des allures de tragédie grecque ou de pièces shakespeariennes. Le tragique incarné par le personnage avec tout son être, devient universel et il rappelle toute l’incompréhension du monde. On reste suspendu à ses lèvres jusqu’au dernier mot en espérant qu’à la fin il rencontre la joie. Mais peut-on guérir de son incarnation ?? Il faut imaginer Sisyphe heureux nous dit la fin du mythe. Sans cesse raconter l’histoire tragique de ce corps improbable, pour s’en libérer, pour se l’approprier, pour l’apprivoiser. La Parole. Qui brise la solitude. Qui Sauve !!
Lydia Gabor, Chroniques Nomades, 28 mars 2026







Photos (c) Anne Colliard





Anciennes productions (2015-24)



Performances 2015-2024


