Presse (Sans peau)

_IMG0273Texte et mise en scène: Pierre Lepori
Direction d’acteurs / assistanat: Emilie Blaser
Jeu: Pierre-Antoine Dubey, Jean-Luc Borgeat
Décors: Adrien Moretti
Costumes: Anna van Brée
Création lumière: Danielle Milovic
VidéoMatthieu Gafsou, David Guyot
Assistant vidéo: Etienne Malapert
Chant: Isabelle Watson
Photographie: Matthieu Gafsou
Coproduction: TT3 Tome Trois Théâtre / Théâtre 2.21
SoutiensVille de Lausanne, Pour-cent culturel Migros, Fondation Engelberts, Loterie Romande, Fondation Nestlé pour l’Art; Fondation Ernst Göhner, Fondation Jan Michalski.

Théâtre 2.21 (Lausanne) du 29 mars au 3 avril 2016 

Entretiens:

Pierre Lepori, 24Heures/Tribune de Genève, 27 mars 2016 (par Gérald Cordonnier).
Pierre Lepori, Giornale del popolo, 26 avril 2016 (par Katia Tamburello).
Pierre- Antoine Dubey, Le Courrier, 2 avril 2016 (par Cécile Dalla Torre).

Revue de presse :

Au 2.21, avec Sans peau de Pierre Lepori, nous sommes les spectateurs – les voyeurs – d’un enfermement. Impossible de ne pas penser à ces films où un public assiste sur des gradins, derrière une vitre, à un exécution. Ici, la peine de mort n’est pas en cause, la scène est simplement devenue cellule, d’autant plus qu’un léger voile marque le quatrième mur, celui, à priori invisible, qui sépare public et comédiens. Pourtant, le prisonnier, interprété avec un juste équilibre entre puissance rageuse et claustration par Pierre-Antoine Dubey, brise régulièrement ce mur en adressant son soliloque à la salle. La raison de son emprisonnement nous est essentiellement donnée par une autre voix, celle de Carlo, qui envoie des lettres au jeune reclus. Samuel a brûlé la maison de Carlo et, dans cette maison, il y avait les souvenirs de la femme aimée, décédée peu auparavant, du fils perdu, et même des chiens. Carlo n’a plus rien, le reproche à Samuel qui n’a guère plus, dans le dénuement de sa cellule, enfant d’une famille de pompiers devenu pyromane, et dont l’avenir pourrait bien se boucher totalement si le petit corps brûlé dans une chambre d’hôpital n’est pas sauvé. Jean-Luc Borgeat, qui interprète Carlo, n’est pas sur scène. L’image du comédien est projetée sur le tulle du quatrième mur. Les moyens du cinéma et de la photographie complètent ceux du théâtre, permettant ainsi de jouer avec les plans : le visage de Carlo, aussi grand que le permet l’ouverture de scène, avec sa peine contenue, se souvenirs heureux, abolit presque l’espace émotionnel entre le personnage et le public. Les images de Matthieu Gafsou et David Guyot sont aussi évocatrices des souvenirs des personnages, de leur existence dans une autre réalité que celle du drame, dans d’autres dimensions que celle de la cellule. Longtemps critique et chroniqueur de la vie théâtrale romande pour la RSI et la RTS, mais aussi fin connaisseur des arts visuels, Pierre Lepori, né en 1968 à Lugano, écrit depuis longtemps poèmes, essais et romans. Il a lui-même traduit en 2012 pour les Editions d’en bas, sous le nom de Sans peau, son premier roman Grisù, paru en italien en 2007 aux Editions Casagrande. Il lui donne ici une troisième vie, fourmillante de sens et de sensibilité. Un premier spectacle plus que prometteur pour celui qui achèvera bientôt un master en mise en scène à la Manufacture, Haute Ecole de théâtre. (Elisabeth Chardon, « Le Temps », 2 avril 2016)

C’est son roman ; c’est aussi sa première pièce. Pierre Lepori allume une folie, Sans peau, un spectacle qui nous marque au fer rouge. Il y a d’abord une voix. L’air vibre dans le noir, plein des mots de Carlo (Jean-Luc Borgeat). Puis quelque chose s’allume, chatoie dans un coin ; une flamme dont la pâle lueur suffit pourtant à sculpter dans la masse noire une forme grise, un cadre de lit rouillé, une chaise. De la masse grise s’échappent maintenant des sons sifflés, murmurés, à peine ébauchés. Il y a dans le gris quelque chose, une mécanique brisée, un homme : Samuel (Pierre-Antoine Dubey). Samuel est Prométhée, mais un Prométhée pyromane, volant le feu et incendiant l’Olympe, dans les cendres s’enivrant de braises. Carlo n’était personne ; le voilà victime des flammes de Samuel. Dans les cendres du brasier, Carlo forge une relation, un alliage de mots qui seul peut pénétrer la prison dans laquelle brûle Samuel. Ça se passe par des lettres lues, le visage de Carlo projeté sur les murs de la prison.« Dehors, le monde n’a pas cessé d’exister ». En dehors d’une prison qui n’est nulle part, bulle de béton sillonnée des mille mots de Samuel, des mille paroles qu’il lance contre les murs de sa geôle ; cage pénétrée en retour de la voix de Carlo, colorée de son visage. Pierre Lepori donne sur scène quelque chose qu’il avait d’abord livré aux pages. L’histoire d’un pyromane, d’un pyrophile, d’un pyrofou. L’histoire d’une conscience qui brûle, qui se consume sans s’éteindre. L’œuvre textuelle, faite de mots, est devenue œuvre scénique, faite de chair. Une chair crue, folle, sans peau, que seul le béton de la prison peut contenir, pour un temps. Un mur, face à nous, s’écroule. Samuel a enfin répondu aux lettres de Carlo. Sa voix a cessé de rebondir sur le béton qui l’entoure, a fini par le fissurer. Reste alors le silence. (Valmir Rexhepi, « L’Atelier critique », 1 avril 2016)

Pierre Lepori croise les destinées avec brio dans «Sans Peau», sur la scène du 2.21 à Lausanne. En 2004, l’auteur et traducteur tessinois Pierre Lepori publiait son premier recueil de poèmes Qualunque sia il nome / Quel que soit le nom, qui lui a valu le Prix Schiller. Quelques années plus tard, on retrouvait sa plume poétique dans un premier roman poignant, Sans Peau (Grisù en italien, 2007), dont il a lui-même assuré la traduction en français. Cette fable sensible, abordant en filigrane l’homosexualité et son déni paternel à travers les pulsions destructrices d’un jeune pyromane, prend aujourd’hui corps sur la scène du 2.21, à Lausanne. Adaptant son texte pour les planches, Pierre Lepori ajoute à ses casquettes de journaliste radio, historien du théâtre et désormais ancien critique, celle de metteur en scène (il suit le Master de la Manufacture de Lausanne, l’une des rares formations européennes dédiées à la mise en scène). Sans Peau narre l’histoire troublante d’une rencontre entre deux protagonistes prisonniers de leurs mondes intérieurs, rencontre qui ne se déroule qu’au fil de lettres et de monologues intimes sans que jamais leurs destinées ne se croisent. Si bien que, dans le roman comme dans la pièce, tout pourrait ne jamais avoir existé entre eux deux. Sur le plateau du théâtre, Pierre Lepori a matérialisé cet échange verbal déroutant par le pouvoir de l’image. Celle d’un homme n’apparaissant qu’à l’écran. Filmé le plus souvent en gros plan (par Mat­thieu Gafsou et David Guyot), un magnifique Jean-Luc Borgeat s’adresse au jeune incendiaire de sa maison, qui pourrait être son fils. Derrière un rideau de tulle presque invisible, enfermé dans les murs d’une prison, Pierre-Antoine Dubey, vif et explosif (notre portrait dans le Mag de demain), se glisse dans la peau du jeune pyromane en attente d’un jugement. Dans cet espace vide, un vieux lit à barreaux rouges tient lieu de décor. Dans de très beaux clairs-obscurs (Danielle Milovic) révélant des zones intérieures insondables, Samuel, la vingtaine, fils de pompier, se confronte mentalement à ses actes. Carlo, dont la vie est désormais ruinée, se raccroche, lui, à ses souvenirs de veuf autant qu’à celui de père dépassé par l’homosexualité de son fils. Tissant à travers la vidéo un rapport puissant à la nature et aux éléments – dans lesquels ces pans de vie dessinent cha­cun leur propre trajectoire –, Pierre Lepori nous fait osciller entre deux voix, celle du dedans et du dehors, celle d’un père et d’un fils, réconciliables ou pas, dessinant ses propres paysages avec finesse. Quelle que soit l’issue, qui reste ouverte, Sans Peau frappe comme le ressac, telle cette vague d’Hokusai chère à l’auteur, qui emporte tout ou presque sur son passage. (Cécile Dalla Torre, « Le Courrier », 31 mars 2016)

Après une longue carrière en tant que critique théâtral à la RSI et à la RTS, Pierre Lepori passe avec excellence de la théorie à la pratique en mettant en scène une adaptation de son premier roman Sans peau. Une poignante histoire qui questionne les notions de culpabilité et de pardon. Issu d’une famille de pompiers, Samuel (Pierre-Antoine Dubey) est paradoxalement devenu pyromane. Incarcéré, il attend le verdict final du fond de sa cellule en regardant la neige tomber. Il reçoit des lettres de Carlo (Jean-Luc Borgeat), le propriétaire de la maison qu’il a incendiée. Celui-ci lui écrit régulièrement, d’abord pour tenter de comprendre pourquoi cet inconnu de vingt-trois ans a causé ce « désastre dans sa vie » – puis, au fil des écrits, il se met à partager son désarroi, et enfin à se confier. Il évoque son fils, Piero, qu’il entrevoit peut-être en ce jeune criminel. Sur scène est représentée la cellule. Une armature de lit en fer prend place en diagonale à cour, quelques livres et une gourde sont posés sur le sol. Deux écrans presque transparents délimitent l’espace, l’un à l’avant-scène et le second à l’arrière-scène. Des vidéos très esthétiques sont projetées sur l’un ou sur l’autre, voire sur les deux simultanément. Elles présentent Samuel ou Carlo dans la rue. Des paysages hivernaux apparaissent également, tel celui de la tour de Sauvabelin au milieu de la forêt vêtue d’un homogène manteau blanc. Ou encore des arbres, effeuillés, enneigés ou carrément sous terre dans l’hypnotique installation artistique de Daniel Schlaepfer au parking du Flon. Qu’elles soient abstraites ou figuratives, ces images sélectionnées et montées avec soin ajoutent une dimension onirique aux discours, souvent torturés, parfois apaisés. Carlo et Samuel ne se rencontrent jamais. Ce dispositif scénique permet donc surtout de faire coexister les deux personnages alors qu’ils ne se situent à aucun moment au même endroit. Sur scène, il y a le bourreau en prison. Les écrans représentent l’espace où s’exprime la victime qui a tout perdu. Sans Peau est le premier roman de Pierre Lepori, journaliste, critique de théâtre, poète et écrivain tessinois. L’ouvrage est paru en 2007 en italien sous le titre de Grisù, nom du petit dragon aspirant pompier, héros du dessin animé éponyme diffusé en Italie dans les années 1970. En 2013, l’auteur parfaitement bilingue traduit lui-même son livre en français. Trois ans plus tard, il adapte donc l’œuvre au théâtre. Reprenant les thèmes principaux du roman, dont le pardon, la culpabilité et la différence, la pièce donne vie à cette correspondance épistolaire à sens unique avec intensité et émotion. Des remarques désabusées d’un Samuel en colère et en rupture tant avec sa famille qu’avec la société, aux doux souvenirs de Carlo se revoyant en père heureux de passer des moments privilégiés avec son fils, Sans peau met en parallèle avec délicatesse et sensibilité les vies de deux êtres que rien ne prédestinait à se rapprocher. Sur les ruines d’une catastrophe, ces deux écorchés essaient de se reconstruire, et de trouver chacun leur propre issue. (Deborah Strebel, « L’Atelier critique », 31 mars 2016)

Journaliste, poète, écrivain et bientôt metteur en scène. Pierre Lepori (47 ans) s’apprête à adapter sur les planches son premier roman Sans peau (Grisù, en italien). Et à faire le grand saut vers la création, après avoir chroniqué, durant une vingtaine d’années à la radio, la vie théâtrale romande. Le spectacle dévoilé mardi prochain plonge le public dans le monde mental d’un prisonnier. Samuel (Pierre-Antoine Dubey), jeune pyromane incarcéré et fils de pompiers, tourne en rond dans sa cellule. Aucune visite ne semble le désengluer de son monde d’images et de rêveries. Se mêle alors une deuxième voix, celle de Carlo (Jean-Luc Borgeat) qui a vu sa maison et ses souvenirs balayés par le feu du pyromane. La violence de l’acte a réveillé l’émotionnel. Il lui écrit alors des lettres, entre rage, désarroi et culpabilité paternelle. Sans peau est «une histoire déchirante qui pose la question de la responsabilité, de la faute et du pardon», confie Pierre Lepori.
Pourquoi ce grand saut vers la création? Tout le monde me pose cette question, mais, en tant que journaliste, je n’ai jamais eu la prétention de penser que je connaissais mieux les choses que les metteurs en scène. Et je ne suis pas dans une démarche où je sens le poids de tout ce que j’ai connu depuis mes débuts. Je vois cette évolution avant tout comme un développement de mon écriture littéraire plutôt qu’une réorientation professionnelle. Je suis simplement en train de recentrer mes priorités. Ecrire a toujours été central pour moi et, avec ce projet, je cherche à aller vers une écriture plus libre et plus fragile, liée à la scène et à la vie qui s’en dégage.
Vous adaptez l’un de vos romans, qui plus est le premier. Difficile de lâcher son bébé, une fois qu’il est créé? Je ne pense pas. Il s’agit plutôt d’un processus de développement. Il y a d ans Sans peau des thèmes qui me sont chers, comme l’homosexualité, le feu ou la filiation, mais il ne s’agit pas du tout d’une histoire autobiographique. Elle m’est proche mais pas plus que cela. Initialement, j’ai publié ce texte en italien avec des références culturelles particulières. Quand je l’ai traduit en français, j’ai abouti à un roman très différent de sa version originale. Aujourd’hui, en me posant des questions liées à la scène, je me retrouve encore une fois à réinventer mon histoire.
Vers quoi ira votre mise en scène? Il y aura de la vidéo pour faire entendre les différentes voix, car Sans peau est, en fait, un monologue et les deux personnages ne se rencontrent jamais. Mais ma mise en scène cherchera surtout à créer du trouble. Mon texte parle de cela. Et le théâtre est l’un des rares lieux où l’on peut encore douter et faire douter, de la réalité, de ce qui nous définit… Jouer avec le fantomatique et le fantasmatique.
Gérald Cordonnier, 24heures/Tribune de Genève, 27.03.2016

Pierre Lepori est audacieux. Après avoir chroniqué la création théâtrale romande durant des années, cet auteur et journaliste tessinois installé à Lausanne se lance lui-même dans la mise en scène. Il passe de l’autre côté du miroir, comme on dit. Pas tout seul. Pour son premier assaut des plateaux, Pierre Lepori est accompagné de son premier roman Sans peau à qui il donne vie au Théâtre 2.21. Sans peau? Un ouvrage sur la réparation qui raconte les lettres que Carlo adresse à un jeune pyromane, Samuel, fils de pompier et auteur d’un accident tragique qui a coûté la vie d’un bébé. Samuel ne répond pas aux missives de Carlo, mais on entend son discours intérieur, ses pensées à la fois immatures et inspirées. Un univers sensoriel, ciselé par la vidéo et la recherche sonore, servira d’écrin à Jean-Luc Borgeat et Pierre-Antoine Dubey, choisis pour incarner ce duo qui gravite autour de la relation père-fils. (Marie-Pierre Genecand, « Le Temps », 27 mars 2016)

Radio:

Radio Svizzera italiana, Rete2, « La Recensione », Daniel Bilenko, 2.04.2016 (critique)
Radio Suisse romande, Espace2, « Les Matinales», Jonas Pool, 28.03.2016 (entretien)
Radio Svizzera italiana, Rete2, « Attualità culturale», Mario Fabio, 27.03.2016 (entretien)
Radio Svizzera italiana, Rete2, « Domani è un altro giorno», Patricia Barbetti, 26.03.2016 (entretien)

À propos du roman:

(…) De cette correspondance à sens unique naît cependant un dialogue qui permet à chacun de trouver une issue. Réflexion sobre et juste sur la culpabilité et le pardon, la différence et son acceptation, Sans peau, paru en 2007, a été adapté en français par son auteur:» Le corps de la langue s’hybride; il devient trans — et inter-genre.  » Rien d’étonnant puisque Lepori est le fondateur du queer Hétérographe, revue des homolittératures ou pas:. Philippe-Jean Catinchi, Le Monde des livres, 21 juin 2013.

La langue est «la peau fragile de notre moi liquide», écrit Pierre Lepori dans sa postface «Queer in translation». C’est qu’il a lui-même traduit et adapté Sans peau, paru en italien sous le titre de Grisù en 2007 – du nom d’un petit dragon de dessin animé qui voulait devenir pompier, regardé par Samuel. Journaliste culturel pour les radios romande et tessinoise, fondateur en 2009 de la revue queer Hétérographe, l’auteur poursuit une réflexion stimulante sur le passage entre les langues. (…) Le texte de Grisù a été transformé en passant la frontière intime entre les langues, et c’est une autre version qu’on découvre dans cet émouvant et poétique Sans peau. Anne Pitteloud, Le Courrier, 27 juillet 2013.

(…) Sans peau désamorce la notion de rebondissement pour lui préférer une vision poétique: tant les feux criminels que les météores s’imposent comme une autre dimension de la vie, un hors temps dont les hommes sont également prisonniers. Déprise qui abandonne les humains à leurs penchants, dans la réparation ou la destruction du lien, et autorise le lecteur à conclure comme bon lui semble… en véritable dramaturge. Christian Ciocca, Viceversa Littérature, 5 août 2013.

(…) Le feu est donné comme l’élément naturel du langage distribuant deux instances de parole de part et d’autre d’une cloison, d’un mur de prison et d’une incompréhension mutuelle. Le feu initie deux métamorphoses parallèles: qu’il s’agisse de disparaître, de partir en fumée à force d’immobilité (Samuel), ou de renaître, nu comme un ver, parmi les êtres qui vous aiment (Carlo), c’est, au bout du compte, pour le lecteur comme pour l’écrivain, incarnant, à leur manière, les rôles distribués par le roman, la possibilité de relancer les dés, de contredire la mort, d’illimiter la vie. Philippe Rahmy, Remue.net, 11 août 2013.

Étrange et fascinante correspondance entre deux hommes. L’un, Carlo, a tout perdu, son immeuble ayant brûlé avec à l’intérieur toutes les traces accumulées de sa vie. L’autre, Samuel, 23 ans est un pyromane récidiviste, est en prison. Il regarde la neige tombant au-delà de ses murs. Le premier écrit au second afin de tenter de comprendre. Mais aussi pour lui raconter sa vie. Le second ne répond pas. Pourtant, à un moment, il doit s’y résoudre. (…) Un roman aussi bref que puissant. Un roman qui laisse des traces dans la mémoire du lecteur, longtemps après avoir refermé le livre. Une réflexion sensible sur la culpabilité, mais aussi sur le pardon. Blog Danactu, 19 janvier 2014.

Sans Peau (Grisù) explore par une écriture de grande finesse deux solitudes face à face. Nous suivons la vie et le monologue intérieur du prisonnier, qui n’arrive pas à saisir la portée de ses gestes, tandis que le mouvement d’introspection de Carlo – qui passe par les lettres au jeune incarcéré – devient de plus en plus positif et efficace. Quand Carlo écrit d’avoir retrouvé le dialogue avec son fils, Samuel exprime des fantaisies suicidaires. À l’arrière plan de ce rapport ambigu, se dresse la fascination pour les catastrophes, la difficulté à comprendre, accepter, changer. Goffredo Fofi, Internazionale, 10 mai 2007

On pourrait en tirer une pièce de théâtre: la richesse des échanges d’impressions, de sensations, de souvenirs entre le prisonnier et l’homme qui a tout perdu à cause de l’un des sept incendies est extrêmement féconde et ambiguë. Alfredo Ronci, Il paradiso degli orchi, juillet 2007

Le roman n’a rien de spectaculaire et n’essaie pas d’utiliser des effets de style. Pourquoi Samuel jouait-il avec le feu? L’histoire de le dit pas explicitement et en cela réside la finesse narrative et la qualité du livre. Dans le feu il y a un mystère qui a aidé le personnage de Carlo à survivre. Pietro Selva, Ticino 7, 20 juillet 2007.

À peine cent pages, ce roman, mais il nous laisse l’impression, à la fin, d’un foisonnement d’histoires et de personnages, comme après la lecture d’une vaste fresque. La manière par laquelle Lepori obtient cet effet est ancrée dans l’écriture, qui enchâsse les souvenirs et les «trailers» d’autres histoires dans le récit principal, comme des images en mouvement. (…) Luisa Voltàn, Pulp Libri, juillet-août 2007

La perte presque complètes des repères pour les deux hommes prépare un processus miraculeux de reconstruction du passée et de deuil. Même le hublot d’une machine à laver, rescapé à l’incendie, devient l’élément d’une fouille intime, source infinie de mémoire. De renaissance. Le feu détruit, mais restitue à Carlo l’âme des choses, les sons de jadis, l’intensité des sentiments, la force des souvenirs et le pouvoir des liens. Gigliola Reboani, Popolis.it, 14 novembre 2007.

Les deux personnage de ce roman alternent leur voix dans une structure parfaitement agencée, qui fait suivre les monologues du prisonnier par les lettres de la victime. Elles semblent incarner les deux face d’une même humanité, sans jamais apparaître schématique. Tout au contraire, la complexité de l’introspection se fonde sur une sensibilité aigue et une profondeur de regard. Roman fort, évocateur, émouvant par son écriture lyrique et engageante, Sans peau est en même temps porté par un dynamisme presque théâtral et saisit des thèmes de grande portée, en offrant plusieurs niveaux de lecture. Giuliana Altamura, Nokoss, net, 8 juillet 2008.

Laisser un commentaire